M. Estrosi et l’Histoire

Publié le par les nouvelles nicoises

Celui dont la baguette magique ne semble pas avoir pu éviter la perte de 200 000 emplois dans l’industrie quand il était ministre, nous a cependant fait vivre de grands moments ces dernières années, en s’efforçant de réinventer l’Histoire. Cela commença par le stupéfiant discours en Angleterre, devant le tombeau de Napoléon III. Décider de transformer en héros, un dictateur qui renversa la République par un sanglant coup d’État, et à qui l’on doit les guerres d’Italie et du Mexique, les expéditions coloniales, l’invasion de 1870 et les deux dernières guerres conséquence de la précédente, c’était déjà de la haute voltige, mais déclarer dans la foulée que « Victor-Hugo avait réécrit l’histoire » alors que ce dernier l’a vécue et la faite, c’était le summum : le motodidacte érudit corrigeant le cancre Victor-Hugo !

 

Ensuite nous avons eu la petite fête à Plombières où la clique des napoléonides perdus dans ce siècle célébraient Napoléon III et Cavour qui tramèrent là-bas, en secret, la vente de Nice et de la Savoie. Une stèle fut érigée ; le conseil général des A.M. cracha, paraît-il, au bassinet pour en payer une partie. Le jour de l’inauguration les « réhabiliteurs » frôlèrent le sublime dans la gaffe : au milieu des manifestations d’opposants brandissant des drapeaux savoisiens et nissart, la stèle fut dévoilée… La délégation officielle italienne pétrifiée, fut transformée en statue de sel : sur la stèle apparaissaient les profils et les noms de Napoléon et de… Benito Cavour ! Évidemment transformer Camille en Benito haussait l’Italien au niveau du dictateur français, mais quand même, cela rappelait de mauvais souvenirs…

 

Plus tard, M. Estrosi eut l’idée louable de célébrer l’abolition de l’esclavage à Nice (passablement en retard car d’autres Niçois l’avaient fait à l’UNESCO quelques années avant qu’il n’enfourche ce cheval de bataille) ; il fit son discours devant le monument du centenaire dans le jardin Albert 1er, lequel célèbre l’annexion française de 1792 par la république jacobine. Las, les Niçois venaient d’être informés qu’un sinistre 11 pluviôse an 11, ladite république imposa par décret le racisme aux Niçois occupés… : «…Liberté Égalité, le préfet des AM etc. Le ministre de la Justice vient de me faire savoir, citoyens, l’intention dans laquelle est le Gouvernement, qu’il ne soit reçu aucun acte de mariage entre des blancs et des négresses, ni entre des nègres et des blanches… ». Le monument en l’honneur du « rattachement » à une république qui ordonna de telles choses aux Niçois, était vraiment très mal choisi pour célébrer l’abolition de l’esclavage… La dernière grosse bévue en date est sa déclaration dans le monopole de presse niçois à l’occasion de la visite du président chinois : « La Chine, une amie de toujours »…

 

Effectivement, les chinois se souviennent encore que leurs « amis » Français et Anglais leur firent la guerre pour les obliger à accepter le commerce de l’opium en Chine. Ils se souviennent aussi des canonnières, du bombardement de Canton en 1858, de la bataille de Palikao, de la prise de Tianjin et de Pékin l’année suivante, du pillage et de l’incendie du palais d’Été, des traités coloniaux de Huangpu de Wangxia, de Nankin, de Tianjin, et de Pékin qu’ils signèrent « amicalement » sous la menace des canons français et anglais ; traités qui permettaient à leurs « amis » de les empoisonner avec le commerce de l’opium… Et, fin du fin, pour la France, la « marraine » de l’expédition coloniale en Chine fut… Eugénie, l’épouse du héros de M. Estrosi ; c’est à elle que l’on offrit les plus beaux objets pillés au palais d’Été…Elle fut aussi la « marraine » de la Guerre du Mexique ; on ne sait, si pour ces bonnes actions, si elle sera « réhabilitée » avec son saint mari… Les politiciens devraient apprendre l’histoire avant d’en faire le support de leur promotion médiatique… ou alors, se contenter de se faire photographier avec Brad Pitt et Angelina Jolie sur le téléphérique plaqué or qui les conduira au Mont Gros où ces stars pourront admirer leurs consoeurs célestes, à l’Observatoire… En politique l’on peut mentir effrontément, en histoire, ce n’est pas le cas. Si M. Estrosi veut persister à se servir médiatiquement de l’histoire, il devrait au préalable s’inscrire à des cours de rattrapage pour l’apprendre, car le ridicule tue.

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