Le Pays-Niçois, terre des Barbets...

Publié le par les nouvelles nicoises

barbetsLors des nombreuses guerres et invasions que Nice a dû subir, elle a toujours été défendue par les milices de l’arrière-pays, qui formaient un contingent non seulement non négligeable, mais souvent plus important et plus combatif que les troupes ducales puis royales, de Savoie. Lors des sièges de 1543 de 1691 et de 1705, entre autres, les milices du haut-pays fournirent à Nice beaucoup de combattants. Lors de l’invasion révolutionnaire de septembre 1792 ce ne sont pas les troupes royales qui tentèrent de défendre Nice, mais bien les milices de Michaud et de Orestis. L’armée régulière commandée par le vieux général suisse de Courtens se replia immédiatement, refusant le combat, trahissant les Niçois qui tous demandaient des armes pour se battre contre l’envahisseur… Sur tous les fronts dans le comté, les milices et les Barbets, dont le fameux François Fulconis, dit Lalin, agirent avec plus de détermination que les troupes régulières qui ménageaient leur sang alors que les gens du cru versèrent le leur et payèrent un lourd tribu pour défendre la liberté de Nice. Honneur donc, au Pays Gavot !

Les combats à Levens et à Saint-Blaise

L’historiographe de Masséna, Pierre Sabor tenta ainsi de minimiser le rôle du personnage après la prise de Nice en 1792 : « A Levens, Masséna se trouvait en pays de connaissances… » et Koch dans ses « Mémoires de Masséna » écrit : « Joignant la persuasion à la force, il eut tôt fait d’apaiser les mécontentements et de régler les différents entre la population et la troupe ». C’est la version française… Compte tenu de ce que l’on sait de ces événements par des documents d’époque, ces versions sucrées ne correspondent nullement à la réalité, loin s’en faut. D’ailleurs, lors du pseudo-vote pour l’union à la France, (le quart à peine des communes votèrent, le reste étant occupées par l’armée sarde, les miliciens et les Barbets), la municipalité de Levens, comme celles de Tourette, de Cuebris et de Puget-Théniers, eurent le grand et méritoire courage de demander à la République française de les ériger en Républiques indépendantes. Quand « l’enfant du pays » qui n’y avait pratiquement pas vécu et qui était devenu plus français que les français, ordonna, « s’il le fallait de brûler le village de Saint- Blaise, repaire de Barbets » l’affaire se gâta et on y envoya des soldats républicains. « L’enfant du pays » fit également brûler tous les oliviers au Figaret afin de ruiner un pays qu’il avait déjà trahi.

Joseph André évoque ainsi ces événements : « Les souffrances et la colère grandissaient et la guerre en montagne se faisait acharner, au point que les Barbets faisaient des incursions en tuant jusqu’aux portes de la ville. Lors de l’expédition dans la vallée de la Vésubie, les populations en colère, se voyant dépouillées de tout leur bétail, luttèrent férocement contre les soldats de la République et les soldats d’un régiment de ligne qui campait à Levens furent tués par les montagnards qui s’étaient soudain révoltés […] Sospel, Levens et Fontan furent horriblement livrées au pillage. Les malheureux habitants poussés à la dernière extrémité, et s’emparant des postes de garde tuèrent les soldats […] le général Dumerbion y faut envoyer par Danselme pour réprimer l’insurrection qui fut noyée dans le sang ». Et selon les ordres du futur maréchal, comme l’atteste les papiers du général Garnier qui listait le nom des personnes exécutées, un Barbet de Levens fut fusillé à Nice, il se nommait Jean-François Masséna, dit Lou Gari, c’était très probablement un lointain parent de son bourreau.

La Résistance à l’Authion

Il serait trop long de dépeindre les combats héroïques à l’Authion. Le niçois Thaon de Revel, comte de Saint-André tint les français en échec pendant plus d’un an. Les Barbets et les miliciens l’aidèrent beaucoup. L’on raconte que les monts furent longtemps déboisés, car les Barbets coupèrent les mélèzes, les lièrent entre eux aux sommets des montagnes et les jetèrent sur les Bleus, dès qu’ils commençaient à gravir les pentes. Le Barbet Lalin qui s’était couvert de gloire, notamment lors des violents combats de l’Authion, fut nommé lieutenant. Pris plus tard, il fut exécuté sans jugement et son corps fut cloué à l’Escarène sur la porte de sa mère, puis traîné à Nice où le général Garnier organisa une macabre mise en scène pour terroriser la population ; les nazis n’auraient pas fait pire.

Les combats de Saorge

Les chroniques citent l’un des combats de Saorge où les Barbets et les milices du major Testoris, qui subissaient seuls le choc, envoyèrent un émissaire au général de Courten pour lui demander l’intervention d’un bataillon de la légion légère pour les aider ; celui-ci aurait répondu qu’il conservait les forces régulières pour l’assaut final (qui n’eut jamais lieu), ajoutant qu’il était naturel que les hommes des milices défendent leur sol et qu’il n’allait pas sacrifier la noblesse savoyarde pour enlever une batterie aux français… Les Niçois encore une fois enlevèrent la batterie tout seuls. Les Français piétinèrent un an devant Saorge et le renégat Masséna contourna la ville par le Val Nervia, et viola la neutralité de la République de Gênes, pour venir à bout de la résistance. Il obtint sans honneur la reddition du fort de Saorge en corrompant le commandant Saint-Amour qui neutralisa les pièces d’artillerie et jeta la poudre dans un puis, avant de s’enfuir ; rattrapé et jugé par un conseil de guerre, ce traite fut fusillé à Turin. Les milices du major Bermond repoussèrent seules les assauts français dans les montagnes durant un an. La prise du fort de Saorge sans combat ne réduisit pas la résistance niçoise. À l’été 1794 les Barbets menèrent toute une série d’attaques contre les officiers français ; en août ils faillirent prendre le Représentant Salicetti qui quittait Nice, la peur au ventre ; il passa entre les mailles du filet car il avait pris la précaution de se faire escorter par un fort peloton de gendarmes; le jour même sur la route menant à l’Escarène les Barbets attaquèrent le convoi de l’adjudant-général La Converserie lequel s’échappa à grand-peine.

L’arrestation du général Casabianca

Le 11 mai 1793 des miliciens niçois renseignés et aidés par les Barbets s’emparèrent du général, major-général, Casabianca ; Cette grosse prise indique que les miliciens et les Barbets apportèrent une contribution de poids à la lutte pour la libération du territoire et qu’ils n’étaient ni les assassins et les pillards que dépeignaient les français ; Ils n’exécutèrent pas Casabianca mais le remirent à l’armée régulière. Ce prisonnier de marque fut échangé le 20 juin 1794 contre des prisonniers enfermés à Nice. L’intendant Mattone di Benevello replié en territoire tenu par les troupes royales depuis la prise de Nice fit le rapport suivant à Turin ; Il ne souffle mot des Barbets, qui n’avaient aucun statut officiel contrairement aux miliciens, mais on se doute bien que huit miliciens seuls n’auraient pas pu neutraliser Casabianca et sa puissante escorte : « Le 11 à Lantosque, huit miliciens ont fait prisonnier le major-général français Casabianca et un dragon qui avaient sur eux une somme considérable, une magnifique paire de pistolets, un sabre superbe et riche, et le plan destiné à une attaque sur Saint-Étienne à exécuter vers la fin de cette semaine. Le général fut pris entre Saint-Étienne et le hameau de Loda où sont deux camps ennemis ». Il convient de noter au passage que les vainqueurs remirent l’entier butin à l’armée, ce qui prouve hautement qu’ils n’étaient pas les brigands comme les français faisaient courir le bruit.

Duranus, le « Ronceveaux » Niçoissaut des français

Chacun connaît le célèbre Saut des Français, qui même s’il est anecdotique, illustre le combat acharné du Pays de Nice pour conserver sa liberté. C’est au moment où en 1793 les colonnes infernales du général Garnier (née à Marseille le 19 décembre 1756) poursuivaient les résistants et semaient mort et désolation sur leur passage, que plusieurs soldats français capturés furent jetés vivants dans le précipice en question. Ce n’était que justice. L’opération s’est répétée épisodiquement quand la répression se faisait encore plus féroce. A Tende et à l’Escarène les français installèrent ce que l’on nommait Les tribunaux de sang car les sentences étaient la mort. Masséna et d’autres officiers français s’employèrent à pourvoir en chair humaine ces machines à tuer. L’abbé Bonifassy à qui l’on doit de précieuses chroniques écrivit au sujet de ces juridictions : « Ce tribunal a été placé un bon poste pour inculquer la plus grande terreur et pour être plus libre dans ses exécutions [...] dans le courant du mois le tribunal de l’Escarène a condamné plus de quinze Barbets dont douze moururent sans sacrements parce que le tribunal ne l’a pas voulu… ». Loin de faiblir devant tant de cruautés, la résistance niçoise perdura et rendit coup pour coup ; les soldats français capturés furent de nouveau jetés au saut des français. La tradition orale rapporte que les résistants niçois en procédant aux exécutions en représailles disaient aux Bleus : « Saute donc, pour la République ! ». Certains auteurs ont douté de ces faits, mais ils sont confirmés par un courrier de Robespierre lui-même et de Ricord adressé au Comité de Salut Public, daté du 14 novembre 1793 et conservé aux Archives de la Guerre à Vincennes: «…sous l’habit de paysans qu’ils ne quittent point, ils pénètrent chaque jour dans nos lignes. Ces barbares ont saisi trois républicains et en ont fait précipiter deux du haut des montagnes après les avoirs dépouillés même de leurs chemises… ». Le chroniqueur pro-français Hildesheimer publia un ouvrage sur ce sujet « Duranus, un Ronceveaux niçois – Le Saut des Français » . Le Saut des français n’était donc pas une légende, mais bien l’un des haut-lieux de la résistance niçoise.

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