La Révolution du jasmin ou : « De la démocratie... »

Publié le par les nouvelles nicoises

Le peuple tunisien vient de donner une leçon de démocratie, non seulement au Maghreb, mais aussi à L’Occident. Il a prouvé qu’un régime détesté qui semblait inébranlable peut s’effondrer comme un château de carte en quelques jours, sous la pression populaire. En France notamment, le temps des révolutions est bien loin, tant mieux car celle de 1792 était sanguinaire et instaura un régime pire que celui qu’elle avait renversé. Dans ce pays qui vit aujourd’hui dans l’illusion de la démocratie et qui se gargarise des « droits de l’Homme » règne le nombrilisme béat et plusieurs dictatures à la fois : une dictature politique de fait, une dictature économique, une dictature administrative une inquisition fiscale et une dictature de la pensée : ces dictatures réunies se nomment : Démocratie… Beaucoup de citoyens lobotomisés par les médias, tenus en laisse par quelques secours sociaux, et abusés par la comédie du « combat » gauche droite, s’accommodent souvent de l’inacceptable. Quels que soient les développements futurs de la Révolution du jasmin, elle vient nous tirer de notre torpeur, nous prouver que rien n’est impossible et qu’il n’y a des tyrans que parce qu’il y a des esclaves. Cette Révolution porte bien son nom, elle a une odeur de jasmin.

 

Certes, en France, et ailleurs, la réalité est masquée d’élégantes manières ; les chaînes et machineries sordides de la subornation sous toutes ses formes, sont habillées de chatoyants oripeaux. Parfois il y a des accrocs et le système apparaît dans toute sa vérité et sa laideur ; de Giscard qui fait embastiller au secret Delpé, le secrétaire de Bokassa, pour qu’il ne puisse publier son livre avant les élections, jusqu’aux écoutes illégales de l’Élysée, en passant par l’assassinat du pasteur Doucet et de Ben Barka, pour n’évoquer que les affaires d’hier, il y a de quoi être amplement édifié. Malgré cela, nous sommes soi-disant en démocratie, même si la France est souvent condamnée pour violation des Droits de l’Homme par la justice européenne. Mais quelle démocratie ? Le pouvoir est l’apanage de deux partis qui l’exercent tour à tour ; les scrutins majoritaires interdisent aux divers courants de s’exprimer ; les politiciens sont élus de plus en plus souvent malgré des pourcentages d’abstentions prouvant qu’ils ne représentent qu’une minorité de la population ; l’argent et les médias sont les moteurs des campagnes électorales et ils sont réservés aux grands partis. L’opinion est faite et défaite artificiellement par les journaux et la télévision au service des partis ou du pouvoir ; les citoyens ne peuvent contrôler l’usage des deniers publics ; ils ne peuvent contrôler non plus le bien fondé des réalisations importantes, car les « enquêtes publiques » ne sont que des paravents ; tous les organes de contrôle par le peuple sont des faire-valoir et de simples façades. La Cour des comptes, peut les vérifier, mais n’a aucun pouvoir de les sanctionner. Le parquet est dans les mains du ministère, l’usage du référendum qui seul permettrait de déterminer la volonté populaire est systématiquement écarté. On peut résumer la situation ainsi : tous les cinq ou six ans, selon le cas, le système politique qui dispose de tous les moyens financiers et médiatiques, du clientélisme et d’un formidable appareil, permet aux citoyens de voter… mais il disqualifie d’emblée par des lois électorales adéquates, les votes qui ne seraient pas favorables aux candidats des deux partis qui ont fait une OPA sur le pouvoir. Pour être certain de ne pas être gênés, ces partis modifient même les découpages électoraux et les règles électorales à leur convenance avant les élections… Deux auteurs célèbres ont parfaitement résumé cela : Robert de Flers : « Démocratie, est le nom que nous donnons au peuple chaque fois que nous avons besoin de lui », et Louis Latzarus : « La politique est l’art de faire croire au peuple, qu’il gouverne ». En France cet « Art » a été porté à l’excellence.

 

le culte de la personnalité a été instauré par le biais des médias. Ainsi, l’on peut voir des « adversaires » politiques, maquillés et gominés, toujours les mêmes, conseillés par une armée de petites mains de la communication qui choisissent même les couleurs de leurs cravates ou de leurs chemisiers, s’étriller gentiment à coups de formules sur les plateaux de télévision ; ce ne sont que des combats de catch dont les coups apparents excitent le public mais sont indolores pour ceux qui les reçoivent, avant de les rendre de la même manière ; tout l’art de ces sauteries politiques télévisées est de mentir et biaiser mieux que l’autre : du théâtre. Le monde politique est un club fermé ; en période électorale seulement, le spectacle est permanent ; on agite le peuple qui croit discerner le bon et le méchant ; comme il n’y a le choix que de deux protagonistes « dominants » à élire, en général le « bon », c’est fatalement le « méchant » d’hier… Les deux promettent monts et merveilles, puis on jette les dès. Mais ne peuvent être élus que ceux que le système a choisi de laisser parvenir au sommet : c’est si vrai qu’il y a même des partis dits « de gouvernement » ; ceux qui n’ont pas ce label, peuvent aller se rhabiller. Qui détermine les partis de gouvernement ? Le peuple ? Non, ceux qui ont confisqué le pouvoir ; les partis de gouvernement ce sont eux et non les autres évidemment… Comment s’étonner que de plus en plus de gens désertent les urnes ? Sont-ils de mauvais citoyens ? Non, ils ont simplement conscience que le jeu est pipé et ne veulent plus en être les dupes. Comme au théâtre, les médias fabriquent « des personnages de premier plan » et présentent aux électeurs ceux pour qui ils doivent se déchirer et se disputer avec leurs voisins. Ce système malsain et corrompu est détestable. Si la volonté populaire prévalait par la loi, nous n’aurions nul besoin de « personnages de premier plan » : qui connaît le nom du président de la Confédération Helvétique ? Personne. Pourquoi ? Parce que c’est un simple fonctionnaire et qu’en Suisse, toute force significative d’une fraction de la population peut provoquer un référendum sur n’importe quel sujet. Le peuple vote, la décision majoritaire est inscrite dans la constitution et elle fait loi. Le « personnage de premier plan » héritage de la monarchie résulte de l’ego surdimensionné des carriéristes politique de tous poils.

 

Et ce système antidémocratique se paie le luxe de critiquer les dictatures d’ici ou là, lui finalement ne sont qu’un système identique, mais brut de décoffrage et sans fioritures. Dans les pays que l’Occident nomme dictatures, et qui en sont, les tenants du pouvoir sont frustes, ils n’ont pas appris encore, les naïfs, que l’on peut annihiler la volonté populaire sans avoir besoin de jeter les gens en prison ni les torturer ou les affamer. Il suffit de lobotomiser et de les appeler citoyens. Diderot à tout dit à ce sujet en une phrase : « Avoir des esclaves n’est rien, mais ce qui est intolérable c’est d’avoir des esclaves en les appelant des citoyens ».

 

La Révolution du jasmin mérite une majuscule, elle donne une bouffée d’air frais aux pays occidentaux et à la France en particulier où une classe politique agonisante, confite dans ses chapelles, sourde à la volonté populaire, n’a fait qu’accumuler faute sur faute, depuis le gaspillage éhonté des deniers publics, la toute puissance bornée du fonctionnariat d’État en passant par une gestion désastreuse de l’économie, et un nivellement par le bas ; crime sur crime, depuis l’esclavage, la colonisation, jusqu’aux pillages du Tiers-monde, en passant par les guerres meurtrières inutiles. Maintenant il faut payer l’addition de décennies de gabegie, de stupidité et d’inconscience ; mais malgré cela, ils ne veulent pas quitter le pouvoir ; les deux partis qui le confisquent s’accusent l’un l’autre… Le peuple qui subit déjà tous les effets de la déliquescence de la société, va être écrasé d’encore plus d’impôts, et les mêmes vont oser se représenter devant lui pour solliciter ses suffrages… mais seulement pour les départager… pas pour se débarrasser des dirigeants responsables conjointement de la totale faillite d’une société qui en est même au point d’organiser des débats sur son identité, tellement elle en doute… Les mêmes nous sont imposés, pour descendre encore plus bas, alors que nous avons déjà touché le fond. Gageons qu’ils vont même creuser un tunnel géant pour descendre plus bas encore… Peut-être la faillite souterraine se verra-telle moins…

 

Et si nous faisions comme les Tunisiens ? Non, nous n’avons encore pas assez faim, mais cela pourrait arriver car le nombre de gens qui fouillent dans les poubelles pour manger augmente malheureusement tous les jours. Les politiciens vont bien leur jeter quelques os à ronger sous forme d’aides sociales qui calment la faim, ne sont pas suffisantes pour payer le loyer, et ne rendent pas la dignité… et si la masse des souffrants, des femmes et hommes encore libres, des vrais républicains, ne se contentaient plus d’os à ronger et exigeaient dans la rue la refonte totale du système politique et la démocratie directe ? Le monde politique est totalement inconscient et il joue avec le feu ; il rabâche dans son théâtre, la même pièce mille fois jouée ; fardé et déguisé en démocrate, le seul mot de « valeurs » pour bouclier, il en est réduit à cacher le nombre de voitures brûlées, à nier l’évidence de l’insécurité, et à opposer des philosophies décadentes et mortifères à la réalité. Il n’entend pas le grondement du volcan qui après avoir balayé les Ben Ali et Moubarak pourrait bien faire de même avec ses copies occidentales plus sophistiquées.

 

Notre démocratie est merveilleuse : chacun a pu voir et entendre Mme Alliot-Marie, ministre des Affaires étrangères de notre pays champion de la liberté chez les autres, s’adressant au parlement au moment ou chancelait la dictature tunisienne. Que proposait-elle à ce pays ami ? Le « savoir faire » de nos forces anti-émeutes ! Pour Madame la ministre, le reversement d’un tyran, l’aspiration d’un peuple n’étaient que « des émeutes » ! Elle ne savait pas, la pauvre… les services secrets ne lui avaient rien expliqué… ce qui pourtant était de notoriété publique… Et ses lamentables tentatives de retourner la situation quelques jours plus tard sont pitoyables. Présenter des excuses aux tunisiens, eût été plus digne. Ne pas assumer une telle inconscience en est une pire encore. Nous avons constaté que les dirigeants de notre démocratie, figés à l’époque coloniale, se croient toujours au temps des canonnières. Nous avons constaté ensuite que s’adaptant au vent comme les girouettes, ils détestaient les dictateurs, mais seulement quand ils étaient déchus ; nous avons apprécié encore que seulement à ce moment ils s’apercevaient brusquement que ces dictateurs avaient caché les fruits de leurs exactions chez nous et que bien sûr, ils allaient les « geler »… Depuis Giscard, les diamants et Bokassa, les affaires Bongo et autres commissions illicites, rien n’a changé, quelle belle continuité démocratique au parfum de contrats, de richesses minières et de bakchichs… La révolution du jasmin n’a pas fait que renverser un tyran de l’autre côté de la Méditerranée, elle nous a montré en instantané le vrai visage, le visage sans fard, de nos politiciens démocrates. Nos républiques portent des numéros comme les rois, mais les révolutions modernes portent des noms de fleurs : 1974 au Portugal, la Révolution des oeillets, 2003 en Georgie, Révolution de la Rose, 2005 au Kirghizistan, Révolution des Tulipes ; et les Tunisiens viennent de rajouter une magnifique brassée de jasmin à un bouquet qui est plus beau que celui du feu d’artifice du 14 juillet… Merci aux Tunisiens et bonne chance. Espérons qu’ils sachent protéger leur liberté de toute dérive.

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