La Miséricorde, l’histoire et la politique...

Publié le par les nouvelles nicoises

On peut lire sur le blog de M. Allemand : « Hier s’est déroulé à Nice un événement émouvant pour les élus mais surtout, pour la population niçoise, l’inauguration de la rénovation de la chapelle de la Miséricorde […] cette chapelle, les niçois en parlent comme d’un être proche. C’était l’impression que j’avais en discutant avec les invités. On aurait dit qu’ils avaient failli perdre un être cher… Nous [la Région] avons financé cette réhabilitation à hauteur de 137 000 euros. Alors pourquoi ne pas avoir eu les honneurs de l’inauguration ? Pourquoi pas de prise parole, pourquoi pas de logo ? […] Je ne vois pas quelle faute a commis la Région, si ce n’est le fait que la liste que je conduisais a battu à Nice, celle que soutenait M. Estrosi et cette faute est impardonnable! ».

 

Il droit être en effet horrible pour les politiciens d’être privés à la fois d’honneurs, de micro et caméras, puisqu’ils viennent pour cela aux manifestations. Nous apprenons également que « c’est en discutant avec les invités » qu’il a appris que les Niçois tenaient beaucoup à cette chapelle et « qu’on aurait dit « qu’ils » avaient failli perdre un être cher ». Il ne le savait donc pas, ce qui conduit à penser qu’il ignore ce qu’aiment les Niçois et qu’il n’est niçois qu’administrativement ; dans le cas contraire, il aurait dit comme tout vrai niçois « Nous avons failli perdre un être proche ». Quant au fait « que la liste « qu’il conduisait » ait battu la liste UMP à Nice », ne devrait point trop l’inciter aux rêveries. La sensibilité de l’électorat niçois est à droite, et le résultat dont il se vante n’est du qu’au fait que la majorité des Niçois désavouent totalement M. Estrosi (qui s’était engagé dans la campagne : « Voter Mariani c’est voter Estrosi ») et qu’ils ont envoyé un signal fort au pouvoir, lui signifiant qu’il pourrait perdre la Ville, s’il adoubait M. Estrosi pour les prochaines municipales. Beaucoup d’électeurs n’ont pas voté pour M. Allemand mais contre M. Estrosi, ce qui est radicalement différent. Et comme d’autres forces populaires apolitiques se sont levées et que surcroît l’exmaire de Nice a déjà annoncé qu’il serait présent, dans le but de rassembler tous les mécontents et de faire élire leurs représentants au Conseil municipal, la liste « que conduira M. Allemand » ne prendra certainement pas la ville.

 

M. Allemand qui se gargarise des broutilles « données » par la Région (avec l’argent des Niçois qui la financent en partie), et qui attribue cette contribution à « la solidarité nationale, départementale et régionale » s’il connaissait l’histoire de Nice, serait plus discret. Le discours prononcé par M. Estrosi à cette occasion, prouve également qu’il ne la connaît pas non plus, ce que nous savions également puis qu’il avait, avant les élections, cité ses héros Niçois… mais aucun d’eux n’était niçois et les noms de Ségurane et de Garibaldi lui étaient inconnus. À moins qu’il ne les ait volontairement occultés, ce qui est pire. Il est temps de rappeler quelques dérangeantes vérités à ces Messieurs.

 

En premier lieu les niçois ne sont pas des mendiants, ils financent grandement la France, le Département et la Région. Et il conviendrait que la France leur rembourse l’argent qu’on leur a volé après l’annexion. En second lieu, il faut savoir que le préfet impérial, Gavini de Campile s’attaqua dès 1861 à, l’Archiconfrérie de la Miséricorde l’une des plus anciennes institutions niçoises, fondées en 1329. Cette œuvre, depuis toujours et à la satisfaction de tous, nourrissait et secourrait les indigents, venait en aide aux veuves, aux orphelins et aux voyageurs, visitait les malades, les prisonniers et les affligés, assistait les pauvres, les suppliciés, et assurait leur sépulture. Riche, puissante, utile et aimée, elle constituait l’un des piliers de la société niçoise de l’époque ; c’est la raison pour laquelle le préfet français s’attacha à la détruire. Le 6 mai 1861 il fit pression pour que l’œuvre soit transformée en bureau de Bienfaisance municipal. Les pénitents résistèrent à l’injonction. Les avoirs de l’œuvre se montaient à la somme de deux millions, fruit de l’épargne et de dons de générations de niçois qui, avant l’heure, avaient eu la sagesse d’assurer une couverture sociale à la population. Ce pactole était tentant et le 12 juin, le préfet mit l’Archiconfrérie en demeure de s’exécuter, tout en faisant de mirobolantes promesses à ses membres. Malgré de très vives oppositions, la cession de l’œuvre fut votée sous les pressions et la menace le 16 juin, et immédiatement ratifiée par arrêté préfectoral du 25 juin suivant.

 

L’Archiconfrérie ne conservait que les œuvres du Mont-de-piété et la bibliothèque roulante, qui plus tard lui furent également arrachées. L’un des premiers actes de l’administration française à Nice fut de réaliser un holdup pour s’emparer des économies faites par les Niçois durant des siècles dans un but humanitaire. En outre il s’agissait d’une violation grave de la Convention franco-sarde du 23 août 1860, laquelle faisait partie intégrante du traité de Turin… L’article VII de cette Convention formelle stipulait en effet :

 

« Les collèges et tous autres établissements publics existant dans la Savoie et l’arrondissement de Nice, et constitués d’après les lois sardes, en personnes civiles pouvant acquérir et posséder, conservent la propriété de tous leurs biens et immeubles et les sommes existant dans leurs caisses au 14 juin 1860 ». Selon les termes de cette convention, la spoliation de l’Archiconfrérie, sous la menace, est juridiquement nulle ; cette dernière pourrait même actuellement réclamer ses biens, car d’une part il y a vice du consentement et d’autre part, les spoliateurs ont notoirement recélé des biens extorqués sous la contrainte ; or, le recel est un délit continu et imprescriptible. Les membres de l’Archiconfrérie, afin de sauver ce qui restait de l’œuvre , à savoir la magnifique chapelle baroque et les trésors historiques qu’elle contenait, se sont plus tard prudemment constitué en association selon la Loi du 1er juillet 1901, bien que la Convention précitée reconnaisse et garantisse une existence légale à l’Archiconfrérie selon l’ancienne loi sarde. Mais comme on connaît ses saints jacobins…

 

Alors les 137 000 euros (dont une partie a été payée par les Niçois) donnés par la Région pour la restauration de la chapelle de la Miséricorde ne sont qu’une minuscule aumône en comparaison des 2 millions-or que le pouvoir français a volé à l’œuvre de la Miséricorde en 1861. Et les politiciens français d‘aujourd’hui osent se gargariser de ce cette « largesse » !

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